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Le 21 janvier 2004

Extrait de l’intervention de Hubert Reeves devant la Commision des lois de l’Assemblée Nationale

Dans un monde où la technologie scientifique joue un rôle de plus en plus important : pharmacopée, biologie moléculaire, OGM, sources d’énergie, il devient fondamental d’étudier les impacts possibles de toutes nouvelles découvertes et applications avant de les mettre en œuvre. Le temps n’est plus où le scientifique pouvait vivre hors du monde et donner libre cours à son esprit inventif sans aucun souci de l’impact de ses projets sur la nature et la société. Ce qu’on a appelé à juste titre le « délire technologique » : on fait tout ce qu’on peut faire et on verra bien après. Le corollaire « si on ne le fait pas, quelqu’un d’autre le fera » ne justifie en rien une telle attitude irresponsable.

À l ‘argument : le principe de précaution est un frein à la recherche et donc à l’imagination humaine », on doit répondre qu’au contraire, il est une incitation à multiplier les avenues de recherche pour inclure à la fois les bénéfices de la recherche et l’assurance que les découvertes n’auront pas d’effets négatifs à courts où à longs termes .
Le principe doit inciter à une vigilance accrue face à la situation planétaire. Il ne doit pas être d’application directe mais réfléchie.
...
Il faut savoir se placer dans le cadre de la crise contemporaine. En particulier dans celui de la pollution chimique due à de nouveaux produits dont les effets se font sentir jusque chez les populations de l’Arctique. À la destruction massive des abeilles par des produits non suffisamment testés.

Autre exemple : les études de la pollution des eaux dans le fleuve Saint Laurent au Canada n'évaluent la concentration que d’une centaine de substances potentiellement nocives. Or nous savons que plus de 65000 substances différentes sont rejetées par les entreprises et que de nombreux poissons sont maintenant atteints et déconseillés.

Le principe de précaution donnerait la responsabilité aux entreprises d’évaluer le tort possible en amont et non pas en aval (trop tard)...

La situation désastreuse de notre impact sur les espèces animales et végétales (plus de 1000 fois plus d’espèces éliminées chaque année qu'avant l'ère industrielle), le fait qu’en conséquence, selon les meilleurs spécialistes, nous aurons éliminé de 20 à 30 % des espèces
animales et végétales avant 2050, et le fait que cette hécatombe met l’espèce humaine en péril, rendent impérative à mes yeux la réintroduction, dans le texte de la Charte, des mots « sauvegarde de la biodiversité » tant, dans cette crise, notre sort est éminemment dépendant de celui de la faune et de la flore.

Pour que l’humanité ne soit pas la victime de ses propres activités, pour que la vie ne soit pas intolérablement difficile pour nos enfants et nos petits-enfants, il est indispensable que la Charte que vont adopter les parlementaires soit efficace et ambitieuse. Comme l’a été la Charte des Droits de l’Homme dont elle est la suite naturelle dans le contexte de la crise contemporaine.


PROPOSITION d’AMENDEMENT

A l’article 2
« Toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l’amélioration de l’environnement, et de contribuer à la sauvegarde de la biodiversité ».