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Ivermectine

Pour l'écologie des pâturages


Mise en cause de l’ivermectine

D’après un rapport scientifique du Professeur Jean-Pierre LUMARET
Laboratoire de Zoogéographie, Université Paul Valéry Montpellier


Ce que La Ligue ROC a compris

Tous les produits à usage vétérinaires ne présentent pas le même risque pour l'environnement mais le traitement que subissent beaucoup d’animaux d’élevage avec certaines drogues a un effet négatif sur des insectes à cause de la toxicité des bouses et du crottin émis par les bovins, brebis, chèvres, chevaux, porcs, ou rennes traités.

Depuis 1981 l’ivermectine, commercialisée dans plus de 60 pays, est utilisée pour traiter aussi bien les animaux d’élevage que les chiens ou l’homme. Cette molécule connaît un grand succès, son action agissant à faible concentration, et sa persistance dans l’organisme permettant la protection de l’animal traité pendant plusieurs semaines.

C’est là que réside le problème majeur pour la faune non-cible des pâturages. Une part très importante du produit est éliminée progressivement dans les fèces des animaux traités. L’ivermectine conserve toute son efficacité insecticide durant une longue période. Des scientifiques ont montré en laboratoire que des insectes coprophages pouvaient être encore intoxiqués en consommant des bouses d'animaux traités 40 jours auparavant.

Or les bouses des animaux traités à l’ivermectine peuvent se révéler plus attractives que celles des animaux non traités, augmentant ainsi les facteurs de risque pour les insectes coprophages.

L’ivermectine est conditionnée sous diverses formulations et doses et différents modes d’administration. Son administration en formulation aqueuse sous la forme d’un bolus intestinal (sustained-release bolus) qui libère pendant plus de 4 mois de l’ivermectine à raison d'environ 12.7 mg/jour est le mode d’administration le plus dangereux pour la faune des Invertébrés coprophiles, tant par la durée d’action du traitement que par la concentration du produit dans les bouses.

Les différentes études montrent que les Diptères sont particulièrement touchés et le développement larvaire de certains sont significativement affectés pendant plus d’un mois après que l’on ait traité du bétil par injection sous-cutanée d’ivermectine à la dose de 0.2 mg/kg.

Les Coléoptères coprophages adultes semblent assez résistants. Par contre leur fécondité et le taux d’émergence des adultes peuvent être diminués. Une étude très récente menée avec l'aide du Ministère de l'Environnement (programme PNETOX, en cours) a montré que 143 jours après un traitement par bolus d'ivermectine, le bétail rejetait des bouses dont l'effet toxique sur les insectes était encore significatif.


Ce que La Ligue ROC retient

- Les effets écotoxiques de l'ivermectine sur la faune des invertébrés non-cibles ont des répercussions sur l'écologie des pâturages.
- L’élimination partielle et temporaire de certains insectes coprophages, décomposeurs de bouses, peut conduire à plus que doubler le temps de disparition des bouses de la surface du sol.
- Une exclusion totale des insectes durant le premier mois qui suit le dépôt d'une bouse allonge considérablement le délai nécessaire à sa disparition, celui-ci pouvant alors atteindre 3 et même 4 ans sous climat méditerranéen.



Et surtout

Les conclusion du Professeur Lumaret

« L'usage de certains produits vétérinaires sur les insectes peut conduire à des modifications d'équilibre des systèmes pâturés, avec un ralentissement de certains processus biologiques et certainement une perte, ou tout au moins une raréfaction de composantes de l'écosystèmes tels que les Diptères et les Coléoptères, peut-être aussi les Annélides. La prise de conscience de ce problème est en train de se faire, tant de la part des gestionnaires des espaces protégés que des firmes qui mettent au point et commercialisent ces produits. D'ailleurs une récente Directive européenne subordonne maintenant les autorisations de mise sur le marché (AMM) des produits vétérinaires à une étude préalable de l'impact de ces derniers sur la faune des insectes non-cibles de l'écosystème (Directive 93/40/CEE du Conseil du 14 Juin 1993 modifiant les Directives 81/851/CEE et 81/852/CEE relatives aux législations des Etats membres sur les médicaments vétérinaires).

Il ne faudrait pas être irréaliste et proscrire tout traitement des animaux, même lorsque ceux-ci pâturent dans des espaces protégés.

Par contre il s’agira de choisir soigneusement les molécules dont l'impact est moindre sur l'environnement, et d'aménager les périodes de traitement qui soient compatibles à la fois avec la phénologie des Invertébrés qu'il s'agit de préserver, et avec le cycle des parasites dont il convient de réduire les effectifs afin de conserver un bon état sanitaire des troupeaux. On pourrait peut-être envisager de concentrer sur un espace restreint, et pendant un laps de temps à définir pour chaque molécule utilisée, les animaux à traiter, de manière à éliminer plus aisément leurs excréments toxiques. Cependant là encore cela ne pourrait se faire d'une manière réaliste que pour des molécules à temps de relarguage court.

Les effets toxiques ou non toxiques, sur la faune non-cible, de certaines molécules actuellement commercialisées sont connus. Pour d'autres molécules les données sont fragmentaires, voire même inexistantes. La recherche dans ce domaine reste ouverte mais devra être soutenue, pour que demain nos pâturages ne deviennent jamais comparables à ceux qu’on voyait en Australie avant qu'on importe à grands frais les insectes coprophages qui y faisaient défaut naturellement. »