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POLLUTION DES MILIEUX

Depuis plus d’un quart de siècle, on sait que l’utilisation de certains pesticides, provoque de profondes modifications des écosystèmes dans lesquels on les introduit. La France est le 1er consommateur européen de pesticides avec 76 100 tonnes de matières actives commercialisées en 2004, dont presque 95 % sont utilisées par le monde agricole.


LES SOLS

Les sols sont contaminés pour de nombreuses années sur des dizaines de millions d‘hectares à l’échelle européenne. Les pesticides peu dégradables, ou présents dans un sol acide ou pauvre en bactéries, se stabilisent en se liant à certains constituants du sol. Par exemple, sous monoculture de blé traité à l’atrazine, presque 50 % de la molécule se retrouvent sous forme de résidu lié au bout d’un mois. Le sol, sous certaines conditions (réchauffé, érodé, acidifié, dégradé, amendé…) peut restituer les pesticides ou leurs sous-produits durant plusieurs années ou décennies.


LES EAUX DE SURFACES ET SOUTERRAINES

En 2004, l’Institut français de l’environnement (IFEN) annonçait que les deux tiers des rivières et des eaux souterraines contrôlées en France durant l’année 2002 étaient contaminés par des pesticides.

Le rapport 2006 de l’IFEN sur l’analyse des données de 2004 est encore plus alarmant :

Sur les 607 points de mesure de cours d’eau, 96 % présentent des concentrations en pesticides détectables et 49% présentent des concentrations en pesticides suffisamment importantes pour rendre la qualité de l’eau moyenne à mauvaise.

Sur les 910 points de mesure de nappes souterraines, 61 % présentent des concentrations en pesticides détectables et 27% présentent des concentrations en pesticides suffisamment importantes pour rendre la qualité de l’eau moyenne à mauvaise.

Parmi les substances les plus fréquemment identifiées, on retrouve, d'année en année, les herbicides de la famille des triazines aussi bien dans les cours d'eau que dans les eaux souterraines. Ce sont également en majorité des triazines (environ 10 tonnes par an) qui contaminent les zones estuariennes et côtières du littoral (Univers – nature du 16 juillet 2002).

Une revue de consommateur a publié en 2000 des résultats concernant des Eaux de source et des Eaux minérales révélant des traces de pesticides (Que choisir de mars 2000).

Les départements d’outre-mer sont les plus touchés par la contamination en pesticides des ressources en eau. Les 4 DOM sont touchés : de façon très importante aux Antilles et en Guyane et dans une moindre mesure à la Réunion. Aux Antilles, les principales molécules incriminées sont des insecticides interdits pour l'usage agricole depuis plusieurs années.


L’ATMOSPHÈRE

Nombre de pesticides sont présents dans l’atmosphère du fait de l’épandage (30 à 75 % des produits épandus sont transférés). Le taux de transfert dépend de différents facteurs comme les caractéristiques du produit (solubilité, volatilité, capacité à se dégrader), le type de sol, les pratiques agricoles, le type de pulvérisation, les conditions climatiques.

Les pesticides sont ensuite véhiculés par les flux atmosphériques. Les travaux de géochimistes et écologues américains confirment que des pesticides peuvent contaminer de vastes zones en voyageant dans l’atmosphère, avant de retomber avec les intempéries ou sous forme de dépôts secs (Université du Texas A&M - Kingsville).

La recherche des pesticides dans l’air coûte très cher et nécessite des protocoles très complexes, les teneurs estimées étant très faibles, de l’ordre du nanogramme (milliardième de gramme) par mètre cube. Pour cette raison, on les recherche de préférence dans les eaux de pluie.


LES EAUX DE PLUIE

Le transfert des polluants de l’atmosphère à la pluie se fait au niveau du nuage. Les gouttelettes de pluie se chargent alors en pesticide qui peuvent avoir une origine locale mais, le plus souvent, les traces de biocides trouvées dans les nuages résultent d’un transport à moyenne ou longue distance. Des pluies faibles et brèves présentent des teneurs plus élevées, particulièrement s’il s’agit de pluies printanières ou de début d’été, précédées d’une longue période sèche.

En France, l’INRA de Rennes a effectué entre 1995 et 1996 des mesures dans les eaux de pluie (Environnement magazine de mai 2000). Les prélèvements ont été effectués dans plusieurs sites.
Le transport des pesticides par l’atmosphère peut être illustré avec le cas de Trémargat, village du centre Bretagne : les mesures effectuées révélaient des taux proches des maxima admissibles en atrazine et en alachlore et un taux atteignant la valeur de 100 ng/L en dinoterbe (pesticide actuellement interdit). Au final, 6 pesticides étaient détectés dans une eau de pluie dont on aurait pu attendre une pureté maximale.

Les brouillards et autres phénomènes de particules d’eau en suspension, ne sont pas épargnés. Ils présentent généralement des taux 30 à 100 fois plus importants en pesticides que les pluies (les gouttelettes les plus fines sont celles qui concentrent le plus les pesticides).

Selon les études initiées à l’occasion des « Plans régionaux de la qualité de l’air », des concentrations en atrazine, en dinoterbe ou en alachlore des eaux de pluie atteignent parfois 10 à 20 fois les normes tolérées pour l’eau potable.


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