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Les requins

Qui sait qu’il existe des centaines d’espèces de requins ? Elles ont évolué durant près de 400 millions d’années et jouent un rôle clef dans les écosystèmes marins. Ce sont  pour la plupart des prédateurs et la Ligue ROC ne défend pas que les prédateurs terrestres, petits ou grands.

Les requins ont un rôle écologique et sont indispensables au maintien de la biodiversité marine. Sans leurs prélèvements, leurs proies prolifèrent et d’autres conséquences négatives commencent à être décelées. La raréfaction de certaines espèces est préoccupante.
Examinons la situation présente.


DES EFFECTIFS EN CHUTE LIBRE

En 2005, la production mondiale de requins péchés représentait 771 105 tonnes. Avec 13,5 % de la production mondiale, l’Union Européenne est en deuxième position derrière l’Indonésie (14 %).


crédit photo : Pterantula

La France, deuxième « producteur » européen après l’Espagne, voit sa consommation augmenter progressivement. Suite aux nombreux problèmes de maladies animales rencontrées avec la viande d’élevage, les Français se tournent vers le poisson, et le requin est une viande appréciée des diététiciens dont le souci immédiat est la nutrition humaine sans se soucier du devenir des espèces sauvages. Les noms comme siki, roussette ou encore saumonette sont souvent proposés dans les poissonneries, les supermarchés ou par la restauration collective et la plupart du temps, les consommateurs ne savent même pas qu’il s’agit de requins. Et encore moins qu’il s’agit d’espèces menacées !

Plusieurs espèces comme l’aiguillat, le requin taupe commun, l’ange de mer, le requin pèlerin, le requin taupe bleue, le requin peau bleue, le requin-marteau commun, sont aujourd’hui inscrites sur la liste rouge des espèces menacées d’extinction de l’Union mondiale pour la nature (UICN). Cette situation est due à une pratique incontrôlée et non durable de la pêche en général. Car le requin est essentiellement une prise accessoire.
Cependant il existe des pêcheries ciblant des requins. C’est le cas en France de la pêcherie basée à l’Ile d’Yeu ciblée sur le requin taupe, espèce pourtant « en danger critique d’extinction » d’après la liste rouge.

Les ressources de surface s’épuisant, les pays producteurs de requins se tournent vers les grandes profondeurs. Or, les requins pélagiques sont extrêmement vulnérables car ils ont une croissance lente, une reproduction tardive, et seulement un ou deux petits par portée. Une surexploitation de la ressource aurait donc des conséquences sans doute irréversibles.
En l’espace de quelques décennies, la production de requins pêchés a chuté en moyenne de 66 % alors que les moyens déployés ont considérablement augmenté.


L’UTILISATION DES REQUINS

Le requin est utilisé pour:

  • sa chair réputée. En Europe, on consomme essentiellement des aiguillats, des émissoles, des roussettes, des requins taupe bleu et des requins taupe commun,
  • son foie qui fournit une huile exploitée dans l’industrie pharmaceutique ou pour la lubrification des machines,
  • sa peau, utilisée en maroquinerie,
  • ses ailerons. La soupe d’ailerons est un plat asiatique réputé, de plus en plus accessible et consommé. Il est sidérant d’apprendre qu’un tiers des ailerons vendus à Hong Kong provient de l’Union Européenne !

crédit photo : Shark Alliance


La différence de prix entre les nageoires et le reste du corps incite les pécheurs à ne prélever que les ailerons et à rejeter le requin amputé en mer. Toujours vivant l’animal ne peut plus se déplacer et meurt d’asphyxie, d’hémorragie ou encore dévoré par ses congénères.

En plus de l’atroce souffrance qu’elle engendre, la pratique du finning génère un énorme gaspillage : d’après l’UICN, dix millions de requins sont pêchés chaque année uniquement pour le prélèvement de leurs nageoires.


crédit photo : Shark Alliance

En 2003, l’Union Européenne décide d’interdire la pratique du finning sur ses bateaux de pêche. Ce qui semblait a priori être une mesure efficace pour réduire les prises de requins se révèle en réalité totalement inopérant. En effet, l’Union Européenne autorise le débarquement des nageoires et des corps dans des ports différents empêchant ainsi tout contrôles. Le contournement de l’interdiction est donc extraîmment aisé. Pour qu’elle soit appliquée, il faudrait que l’Union Européenne oblige les bateaux de pêche à débarquer leurs prises avant découpage des ailerons.


LA NÉCESSITÉ DE PLANS D’ACTION

Présents dans tous les océans et parcourant de grandes distances, les requins auraient besoin d’une protection internationale. L’organisation des Nations – Unis pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a adopté en 1999 un Plan d’Action International pour la conservation et la gestion des stocks de requins. La FAO incite les pays pratiquants la pêche aux requins à coopérer et à élaborer eux-mêmes leur propre plan d’action. Mais, cette démarche volontaire n’a malheureusement suscité que peu d’engouement : aucun plan n’a été élaboré en Europe.


PERSPECTIVES

Au second semestre 2008, la France prendra la présidence de l’Union Européenne. Souhaitons qu’elle en profite pour mettre en œuvre un plan d’action pour la préservation des requins à l’échelle européenne.

Ce plan d’action pourrait comporter les mesures suivantes :
- interdiction de débarquer séparément les ailerons et les carcasses de requins et cela sans dérogation possible
- fixation de quotas de pêche pour toutes les espèces de requins en tenant compte de l’avis des scientifiques. Actuellement, seule la pêche des requins pélagiques fait l’objet de quotas.
- développement de systèmes de pêche qui évitent les prises accessoires de requins.

Presque dix ans après le Plan d’Action International de la FAO, il est urgent que l’Union Européenne se soucie de la disparition des requins dans le monde !


La Ligue ROC dont l’objet statutaire est la préservation de la faune sauvage a rejoint l’ALLIANCE POUR LES REQUINS (Shark Alliance)
, coalition d’associations dont le but est d’agir pour la conservation et la restauration des populations de requins en tentant de faire évoluer la politique commune de la pêche de l’Union Européenne. L’annonce en a été faite par Hubert Reeves lors du colloque consacré à ces espèces le 3 octobre 2007 à Paris.
A ce même colloque, une représentation du monde de la pêche industrielle fit part de l’évolution des pêcheurs qui comprennent que les ressources halieutiques ne sont pas inépuisables. Et il fut réconfortant d’entendre la représentante du ministère de l’agriculture et de la pêche.

AFFAIRE À SUIVRE…

De près !

A lire aussi :
Sur le site de la Ligue Roc : La carte d’identité des Requins
De Hubert Reeves : « Nos requins préférés»